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Le passage des professionnelles au privé nous inquiète

Isabelle Leblanc, présidente

14 juillet 2016 —  

Récemment les médias ont fait état de la création de nombreuses cliniques d’infirmières praticiennes privées, et même d’une bannière visant à regrouper des cliniques infirmières autonomes. Ces cliniques veulent répondre au besoin criant d’accessibilité à la première ligne et leurs fondateurs disent ne pas trouver leur place dans le système public.

La question de l’accès aux professionnels de la santé préoccupe MQRP depuis longtemps et selon nous, un meilleur accès aux professionnels fera partie des solutions aux problèmes de la première ligne. Il y a quelques semaines, nous avons rendu public notre rapport de réflexion intitulé Pour une collaboration publique – Portrait de l’accès aux professionnels de la santé en première ligne au Québec qui souligne la perte d’accès aux professionnels de la santé dans le régime public. De plus ou plus de nos patients doivent payer pour avoir accès à des soins pourtant nécessaires à leur santé, et on voit s’aggrandir le fossé entre ceux qui ont des assurances et ceux qui n’en n’ont pas. Souvent pour des raisons systémiques, les professionnelles vont travailler au privé alors que leur expertise est nécessaire au public.

La création des ces cliniques privées d’IPS, tout comme l’accélération du passage des médecins vers le privé et la réponse désinvolte du ministre à cet effet sont symptomatiques du désintéret du gouvernement pour assurer le bon fonctionnement d’un système public juste et équitable. La “réformite” aigue, le manque de planification, la fermeture face à des idées novatrices font partie du contexte pouvant servir à expliquer la situation. La couverture médiatique des nouvelles cliniques privées est également symptomatique d’une situation où le vocabulaire entrepreneurial envahit le discours public: on vante l’esprit d’initiative et l’entrepreneurship des créateurs de la clinique… des termes qui devraient faire réfléchir quand on parle du milieu de la santé. L’organisation des soins de santé ne devrait pas être une occasion d’affaires.

Lors de nos passages en commission parlementaire sur les lois 10 et 20, nous avions attiré l’attention sur la fragilisation du système entrainée par ces modifications. Il est malheureuse de constater que nous voyons cette fragilité s’installer à une vitesse plus grande que nous aurions pu imaginer.

L’organisation actuelle des soins professionnels en première ligne, avec les nombreux trous de services existants et les conditions de travail difficiles, a essentiellement favorisé le développement du secteur privé. Les données probantes démontrent pourtant qu’une prise en charge précoce, par le bon professionnel, diminue la chronicisation et les complications des problèmes de santé qui relèvent des professionnels autres que médecins, en plus de diminuer le fardeau économique relié au recours à l’urgence et aux consultations médicales répétées.

Il est essentiel d’inclure une offre publique de soins professionnels au sein du réseau de première ligne afin d’assurer un accès universel indépendamment du revenu. Pour MQRP, l’ensemble des services professionnels en santé, lorsque médicalement nécessaires, devraient être couverts par le régime d’assurance-maladie.