Communiqué

Consolider le système public de santé pour mieux répondre aux besoins

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25 octobre 2012(N.B.: Texte modifié de la version publiée sur l’Actualité Médicale suite au volte-face du gouvernement dans le dossier de la taxe santé)

 

Le transfert croissant de ressources financières et humaines du système public de santé vers le secteur privé compromet en effet graduellement l’accès aux soins. Il faut donc renverser cette dynamique en recentrant notre régime de soins sur le besoin clinique.

 

Améliorer l’accès aux soins

Premier chantier, couvrir publiquement les examens radiologiques réalisés hors de l’hôpital permettrait déjà de diminuer les listes d’attentes, élargissant du coup l’accès pour les personnes les plus malades. Ce projet est mûr, tous les partis politiques ayant appuyé une telle couverture pour l’ensemble des échographies, mais il faudra bien la baliser afin de ne pas augmenter la prestation privée; il faut plutôt viser l’amélioration de l’offre en établissement. Il s’agira ensuite continuer le mouvement afin d’inclure toute l’imagerie médicale.

Il faudra ensuite s’attaquer aux frais accessoires, exigés pour accéder à certains soins, qui ont des effets néfastes et bien documentés : cette logique marchande compromet notamment le principe d’une réponse prioritaire aux besoins cliniques. Nos patients, pris en otage, sont ainsi de plus en plus confrontés à un choix douloureux, soit payer pour un accès rapide ou attendre à leur détriment. Or, ces frais accessoires excessifs sont souvent illégaux, comme les enquêtes de la Régie de l’assurance-maladie du Québec (RAMQ) l’ont démontré. Le gouvernement dispose d’une législation pertinente, mais mollement appliquée par la RAMQ; il peut dès maintenant manifester sa ferme volonté de contrer ces pratiques délétères.

 

Lutter contre la privatisation

Par ailleurs, de plus en plus de médecins quittent le réseau public pour traverser au « privé ». L’accès à leurs services dépend dès lors de la capacité de payer et non plus des besoins de santé. Le ministre Réjean Hébert peut s’y attaquer dès maintenant en s’assurant que les tarifs du privé ne dépassent pas ceux négociés avec fédérations médicales.

D’autres dérives liées à la privatisation devront être combattues avec la même célérité: la sous-traitance aux agences privées de main d’œuvre, la conclusion d’ententes de services avec des cliniques commerciales et la création de CHLSD en mode PPP. Nuisant au réseau public, ces « solutions » illusoires drainent les ressources humaines et matérielles, mais n’ont jamais fait leurs preuves; renverser cette tendance permettrait de favoriser la coopération, la coordination et l’intégration des services de santé – les vraies solutions.

 

Rejeter le financement à l’activité

Les trois principaux partis partagent aussi l’idée contestable de réformer le mode de financement des hôpitaux, afin d’introduire ce qu’on appelle un « financement à l’activité », idée proposée par le ministre Raymond Bachand dans son dernier budget. Or, ce modèle ne remplira pas ses promesses, fera perdre temps et énergie aux établissements, pourrait compromettre la capacité de planification du réseau et même remettre en cause le jugement des professionnels quant aux priorités cliniques. Au Canada et ailleurs dans le monde, on le reconsidère, notamment en raison d’une augmentation des coûts globaux sans réduction des coûts unitaires ni réponse aux vrais problèmes des hôpitaux. Il faudra plutôt s’assurer que toute réforme du financement des hôpitaux vise d’abord l’amélioration de la pertinence clinique, de la qualité des soins et de la réponse aux besoins cliniques.

 

Améliorer le système public

Nous encourageons aussi le nouveau ministre à démarrer les travaux pour remplacer notre régime mixte d’assurance-médicaments par un régime public universel, afin d’améliorer la couverture tout en contrôlant mieux les coûts. Dans un même ordre d’idées, son projet d’assurance-autonomie devrait s’inspirer du modèle entièrement public de l’assurance-maladie, qui a largement fait ses preuves.

Par ailleurs, les discussions abondent quant à la meilleure manière d’améliorer le fonctionnement du réseau. Tous s’entendent sur la nécessité de renforcer la première ligne, de développer les soins à domicile et d’accroître la prévention, mais il faudra aussi examiner la pratique médicale et hospitalière si on souhaite dégager la marge de manœuvre requise pour permettre aux médecins de première ligne de consacrer plus de temps au suivi en cabinet des grands malades.

Il faudra enfin qu’en dehors de l’hôpital, l’accès aux autres professionnels de la santé soit mieux assuré par la couverture publique : les malades chroniques, notamment les personnes âgées, pourront ainsi profiter de l’intégration accrue des soins qui en résultera.

 

Des défis incontournables

Ce sont d’énormes défis pour le nouveau ministre de la Santé, mais nous n’avons pas le choix: il s’agit de les relever si on souhaite améliorer durablement notre régime public de soins et contribuer ainsi à l’amélioration de la santé de tous les Québécois.

 

 

Alain Vadeboncoeur MD
Président
Médecins québécois pour le régime public.