Communiqué

MQRP rejette la concurrence en santé

Pour informations, contacter
Marie-Alberte Soudan
514 638-6659
info@mqrp.qc.ca

5 février 2016 — MONTRÉAL. Réagissant à l’annonce de l’implantation du financement à l’activité (FAA) des hôpitaux par le ministre Barrette, Médecins québécois pour le régime public rejette l’objectif de concurrence poursuivi par le gouvernement alors que le système de santé a plus que jamais besoin de collaboration et de complémentarité.

Le ministre Barrette dépensera 64.5 Millions supplémentaires pour étudier le financement par activité des hôpitaux dans le but, selon ses propres dires, d’économiser « quelques dizaines ou centaines de milliers de dollars ». Il entend aller de l’avant avec sa « troisième révolution » avant même d’évaluer les effets des deux premières sur l’accessibilité et la satisfaction des besoins des usagers et des soignants. Le système peut-il tolérer un autre chambardement ?

Des études internationales mettent en garde contre les effets potentiellement pervers de ce mode de financement. Ses avantages économiques sont questionnables compte tenu des coûts administratifs et de la lourdeur bureaucratique nécessaire à l’implantation et au maintien de ce type de financement hospitalier.

« Pourquoi instaurer de la concurrence dans un système public de santé en pénurie, qui a davantage besoin de collaboration et de complémentarité »

« Pourquoi instaurer de la concurrence dans un système public de santé en pénurie, qui a davantage besoin de collaboration et de complémentarité » interroge Dre Leblanc, présidente de MQRP. « Après avoir éliminé les services et appauvri les hôpitaux apparemment moins performants selon les balises fixées par le FAA, le ministre se retrouvera avec des établissements affaiblis qui ne pourront rivaliser entre eux » poursuit-elle.

Le gouvernement affirme vouloir uniformiser les coûts entre les établissements avec le FAA.  Pourtant, le ministre Barrette et le premier ministre Couillard – tous deux médecins – ne peuvent ignorer que la variabilité des coûts par épisode de soins dépend de nombreux paramètres dont l’âge et l’état de santé du patient, la localisation de l’hôpital, les installations ainsi que les ressources déjà en place.  « Le gouvernement ne sait-il pas qu’une chirurgie de hanche chez un jeune marathonien est sensiblement moins dispendieuse qu’une même procédure chez un diabétique de 80 ans ? » questionne Dre Saïdeh Khadir, conseillère à MQRP. « Le ministre de la santé ne peut ignorer que les coûts pour une même intervention sont forcément plus élevés dans les hôpitaux régionaux qui ont de plus faibles volumes d’activités ».

De plus, le ministère de la santé fait de nouveau appel à des consultants privés en informatique alors que les résultats des dernières décennies dans ce domaine ont été décevants et très coûteux. L’état québécois a pourtant des fonctionnaires, gestionnaires, médecins et autres professionnels sur le terrain dont le mandat premier est d’effectuer ce travail d’évaluation du système public.

Nous nous questionnons sérieusement sur les raisons motivant le gouvernement à persister sur la voie d’une réforme controversée, lourde et coûteuse. Cette décision administrative risque d’avoir des contrecoups cliniques en menant à des congés précipités après une chirurgie et à une sélection des soins les plus payants pour les hôpitaux au détriment d’autres services dont la population est en droit de recevoir de manière équitable sur tout le territoire. « Un objectif inavoué de cette réforme serait-il de fournir une formidable étude de marché aux prestataires privés et aux assureurs ? Il nous semble y avoir des priorités autrement plus importantes dans les soins à la population que de dépenser 65 Millions pour des gains hypothétiques et discutables » conclut Dre Leblanc.  

MQRP demande au gouvernement de surseoir à cette troisième réforme avant d’avoir évalué tous ses impacts avec la communauté médicale et hospitalière.