Faut vous dire Monsieur / Que chez ces gens-là / On ne cause pas Monsieur / On ne cause pas / On compte
– Jacques Brel
Une main basse sur le système public de santé ? C’est bien à quoi nous assistons depuis déjà plusieurs années. « Véritable régime d’assurance sociale », les régimes d’assurance hospitalisation et d’assurance maladie s’inséraient dans un projet ambitieux, visant une amélioration constante de la couverture publique des soins, qui a contribué à nous hisser au rang des populations les plus en santé du globe.
Par un laisser-aller qui ne peut être que volontaire, nos gouvernements ont contribué à la détérioration de notre système public de santé : sous-financement, désassurances, détérioration des conditions de travail et bien d’autres choses. On exclut de la couverture publique certains actes d’imagerie médicale effectués en dehors des hôpitaux, on ferme les yeux sur des pratiques de plus en plus fréquentes de frais chargés aux patients illégalement, on met en place une taxe santé aussi régressive qu’injuste et on a même essayé d’imposer un ticket modérateur pour des soins médicalement nécessaires.
Tout semble être mis en place pour justifier et faciliter l’ouverture au privé. Des arguments trompeurs sur l’incapacité du système public à répondre aux besoins de la population justi- fient une remise en question de ses principes et un transfert injustifié de fonds publics vers le privé. L’instauration d’un régime d’assurance médicaments hybride et le recours de plus en plus fréquent aux agences privées d’infirmières en sont de bons exemples. La remise en question du principe d’étanchéité de la pratique médicale par la promotion de la mixité de la pratique, interdite par la Loi sur l’assurance-maladie (LAM) est du même ordre, ce qui pourrait avoir des conséquences néfastes sur l’accessibilité au système de santé. Permettre la mixité de la pratique signifierait la fin du système de santé tel que nous l’avons souhaité lors de sa création.
Alors que seule une gestion publique permet d’assurer les principes d’universalité, d’accessi- bilité et d’intégralité qui fondent notre système de santé, le gouvernement délaisse de plus en plus son rôle de gestionnaire et de prestataire public de soins, se tournant vers des modes de gestion privés et une augmentation de la prestation privée des soins de santé. Partenariats public-privé, centres médicaux spécialisés à investisseurs privés, projet de financement et primes au rende- ment selon les résultats et la performance, création de marchés internes avec mise en compétition de fournisseurs de soins privés et publics, diminution du « panier de services », sous-traitance : les modèles de gestion trop directement inspirés du monde des affaires s’installent. Inutile de dire que la santé représente un marché très lucratif, source potentielle de profits ciblés depuis longtemps par de grands investisseurs.
Que l’avenir nous réserve-t-il si nous ne bougeons pas et laissons la marchandisation avancer sans réagir ? La fin de l’accès universel aux soins de santé et la création de deux classes de citoyens. L’avenir du système de santé est donc entre nos mains. Seule une mobilisation de l’ensemble des acteurs de la société pourra contrer cette privatisation grandissante et permettre le maintien d’un système public accessible, de qualité et en meilleure santé ! Pour la suite du monde…
Marie-Claude Goulet, présidente, pour le CA de MQRP
