L’année 2015‑2016 fut riche en réformes et en changements dans le système de santé. Plusieurs de ces réformes s’attaquent à la première ligne, mais en ne considérant celle‑ci que d’un point de vue médicalocentriste : la première ligne, pour le gouvernement qui nous dirige, ne semble relever que des soins prodigués par les médecins de famille en cabinet.
On met l’emphase sur le slogan « un médecin de famille pour chaque Québécois » et sur le désengorgement des urgences. Pour ce faire, on réforme la façon dont les médecins travaillent (loi 20), l’organisation du réseau (loi 10 et annonce de super‑cliniques) et on exige des nouveaux omnipraticiens qu’ils se consacrent à la pratique en cabinet, plutôt qu’à l’urgence ou à l’hôpital.
Mais la question se pose : qu’est‑ce que les soins de première ligne ? Est‑ce que le fardeau de son bon fonctionnement repose nécessairement et exclusivement sur les médecins ? Et quelles sont les raisons systémiques qui font que l’accès à la première ligne est si problématique ?
Dans ce rapport, nous tracerons le portrait de pratique de certaines professions de la santé en première ligne : la physiothérapie et l’ergothérapie, la psychologie, l’orthophonie et l’audiologie, les soins dentaires, l’optométrie ainsi que les soins infirmiers spécialisés. Nous insisterons sur les soins délivrés dans le réseau public en soulignant les obstacles à l’accès, les délais d’attente ainsi que les trous de services existants. En dessinant les contours du secteur privé, nous ferons la démonstration que la privatisation toujours grandissante de l’accès aux professionnelles est le résultat d’une suite de décisions politiques systématiques. Ce qui nous mènera à une position forte pour une couverture élargie à tous les services professionnels médicalement nécessaires au temps opportun, peu importe le lieu de dispensation des soins.
