À la Ronde, si vous voulez passer devant tout le monde pour profiter de votre attraction favorite, il vous suffit de débourser quelques dizaines de dollars supplémentaires. Au Québec, le même principe prévaut depuis quelques années pour la pose d’une prothèse de hanche, de même que pour quelques autres chirurgies, sauf que ce seront plutôt quelques dizaines de milliers de dollars qu’il vous faudra payer1. Cela pourrait vous permettre de sauver plus d’un an d’attente sur certaines listes d’attente au public. Comment a-t-on pu en arriver là, dans un pays plaçant pourtant l’accès au système de soins comme une priorité?

 

En tant que membres de Médecins québécois pour le régime public, nous tenons à dénoncer avec force une telle situation. Certains acteurs de ce système privé espèrent sans aucun doute qu’à force d’habitude, un tel système finisse par devenir pérenne. Pourtant, seul un système public efficace permettra d’assurer des soins de qualité, pour tous.

   

Rappelons certains faits :

  • Ce sont les conditions de travail dégradées qui sont responsables de la perte d’efficacité du système public. En effet, ce ne sont ni le nombre de chirurgiens  ou d’anesthésistes, ni le nombre de salles d’opération, qui sont les maillons faibles expliquant le nombre insuffisant de chirurgies effectuées dans le système public. C’est plutôt le nombre de soignant.es qui pose problème  : infirmières, préposé.es, technicien.nes en radiologie, etc. – tant pour faire tourner les salles d’opération, que pour permettre l’ouverture de lits d’hospitalisation post-chirurgie.
  • Les membres du personnel soignant exerçant dans les structures privées sont dans la majorité des cas issus du réseau de soins public, qu’ils ont quitté en raison des conditions de travail défavorables. Ils et elles ne se dédoublent pas, au contraire du système à double vitesse qui se met en place. Toute personne qui part  exercer au privé ne peut être remplacée au public à court terme.
  • Les gouvernements récents encouragent le développement de ces structures privées en sous-traitant avec elles pour la prise en charge de patients du réseau public. Ces structures privées, sont donc largement subventionnées dans leur mission lucrative : les contrats établis avec le gouvernement prévoient même d’emblée une marge de profit à leurs propriétaires, payée à même les fonds publics ! 
  • Rappelons enfin que les données publiées ne sont pas en faveur des structures privées, notamment en ce qui a trait à la qualité des soins prodigués et aux coûts plus élevés de la médecine privée.

 

Nous réclamons donc que cesse le financement des structures privées, et que les fonds ainsi économisés soient réinvestis dans la formation, le recrutement et surtout la mise en place de mesures concrètes visant à augmenter la rétention de personnel dans le réseau de soins public. 

 

Il est impensable que des patient.es doivent attendre plus d’un an pour une chirurgie dans le système public. Mais la solution ne peut passer par l’établissement d’un système à deux vitesses favorable aux plus aisés d’entre nous, ou pire, forçant insidieusement l’endettement des plus fragiles, remettant en cause le principe d’un accès universel aux soins.

 

Nous avons les outils pour rendre notre réseau public efficace, principalement en  rétablissant des milieux de travail à échelle humaine ainsi que des conditions de travail intéressantes, flexibles et respectueuses du personnel  et des patient.es. C’est en renforçant notre système public de santé que nous parviendrons à améliorer l’accès aux soins, pour tous, dans des délais acceptables. Pas en le privatisant.

 

 

1. https://www.journaldequebec.com/2022/11/02/des-medecins-font-des-affaires-dor-au-prive-au-detriment-du-public