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Rimouski, le 7 décembre 2023

En cette période de turbulence au sein de nos services publics de santé, Médecins québécois pour le régime public (MQRP) tient à offrir son appui aux travailleuses et travailleurs de la santé dans leur lutte pour obtenir de meilleures conditions de travail. Le refus de la CAQ d’écouter les demandes syndicales engendre à notre avis trois effets pervers. Le premier, le plus évident, est l’exode du personnel soignant et de soutien vers d’autres secteurs d’activités, notamment vers le secteur privé. Le second est l’effet sur le recrutement et la formation de la relève et, finalement, l’effet sur la qualité des soins au patient.

La présente attitude du gouvernement s’inscrit plus largement dans un contexte de désengagement envers le système public. Comme médecins, nous sommes malheureusement depuis des années des observateurs privilégiés de la lente destruction de notre réseau de santé. Les difficultés d’accès à la première ligne, les temps d’attente à l’urgence, les délais avant certains types de chirurgie et la difficulté d’accès à certains services de santé sont tous des symptômes d’une maladie qui affecte notre système de santé dont l’étiologie est certes complexe, mais néanmoins ancrée dans le sous-financement du système qui entraîne l’exode de son personnel. En refusant d’améliorer les conditions de travail, le gouvernement ouvre la porte à la concurrence. Plusieurs, à la recherche d’une meilleure qualité de vie ou d’une meilleure valorisation de leur travail, font le choix de quitter le système de santé québécois et se tournent vers le privé. Alors que la qualité des soins s’étiole sous nos yeux, la proportion des soins offerts par le système privé, elle, ne fait qu’augmenter. Sans se soucier des leçons à tirer d’autres pays ayant fait ce triste choix avant nous, nous continuons de foncer tête baissée dans cette direction. Pour nous, tenter de régler les enjeux du système de santé en dévalorisant le travail des travailleuses et travailleurs de la santé en leur refusant les conditions méritées et en les poussant vers le privé se compare à tenter d’éteindre un incendie en l’arrosant… d’essence.  

 

L’espace médiatique des derniers jours est largement occupé par les revendications syndicales. En mettant de l’avant les mauvaises conditions de travail, notamment les salaires non concurrentiels, les ratios patients-infirmières dangereux et le temps supplémentaire obligatoire, l’image des professions de la santé est inévitablement dégradée. Le gouvernement en rajoute en refusant d’avouer le problème et de tenter de le régler. Force est de constater que ce phénomène engendre un effet néfaste sur le recrutement de la relève. Comment penser que l’on peut attirer des individus dans le système de santé, dans un contexte de pénurie de main d’œuvre généralisée, alors que le discours public qui entoure ces professions s’articule autour des thèmes de l’épuisement et de la détresse. Il est temps qu’un gouvernement trouve le courage de couper ce cycle vicieux de dégradation des conditions de travail et investisse massivement dans l’avenir de ce système et de ses travailleuses et travailleurs qui le supportent.

 Mais n’oublions pas, au cœur de tout cela : le patient. Refuser aux travailleuses et travailleurs du système de bonnes conditions de travail, c’est refuser au patient de bonnes conditions de soins. Si les priorités des législateurs sont véritablement, comme il se devrait, la santé et la sécurité de la population, cela passe inévitablement par l’établissement d’un environnement de travail sain, où le travail de chaque employé est valorisé. 

 Ainsi, par solidarité, par souci de la pérennité de notre système de santé universel et pour le bien-être et la sécurité des patients, MQRP unit sa voix à celles des milliers d’employés du système de santé public afin que soient reconnues la valeur de leur travail et son importance pour la communauté. 

 

Lettre rédigée par Dr. Hubert Tessier-Grenier, membre du MQRP