Les mini-hôpitaux privés de la CAQ : une fausse solution selon Médecins québécois pour le régime public

Encore une fois, on nous présente un projet de partenariat public-privé (PPP) comme étant LA solution miracle qui réglera les problèmes du système de santé. Pourtant, plusieurs projets de la sorte se sont avérés par le passé beaucoup plus coûteux au final pour le gouvernement. D’ailleurs, les données probantes ne supportent pas l’affirmation selon laquelle le privé en santé serait plus efficace, moins coûteux et plus “ingénieux”, bien au contraire. Mais comme le mentionnait Réjean Hébert récemment dans les pages de La Presse, les mythes sont tenaces.  Par ailleurs, notre système de santé n’a pas besoin de nouveaux lieux physiques : nous avons les infrastructures nécessaires pour exploiter notre système public à sa pleine capacité. Il suffit d’y avoir le personnel, l’organisation et le financement adéquat. 

 

Le privé coûte au final plus cher pour l’ensemble des contribuables 

Ne nous laissons pas flouer: le but premier des entreprises privées est de faire du profit, même en santé. La CAQ soutient que ces mini-hôpitaux privés auraient le même mode de financement que les groupes de médecine familiale (GMF), c’est-à-dire un financement public, mais une gestion privée laissant place au profit. Pour le patient, il n’y a effectivement pas de différence: la carte-soleil couvre les frais associés aux soins et services reçus. Cependant, pour l’État, ce mode de financement coûte beaucoup plus cher. En effet, il faut savoir que les médecins qui pratiquent en cabinets privés de type GMF reçoivent, pour chaque acte, une rémunération supérieure de 35%, ce qui vise à couvrir les frais de fonctionnement des cliniques privées. Il faut également savoir qu’une proportion significative des GMF sont également des sociétés par action faisant des profits substantiels. Les GMF, bien que présentés comme étant publics et accessibles, font donc du profit directement sur le dos des Québécois payant des taxes et impôts, puisqu’ils coûtent plus cher que leurs homologues publics, les CLSC1.

Un autre exemple saillant au Québec est celui des centres médicaux spécialisés (CMS) effectuant des chirurgies d’un jour pour le réseau public. Ceux-ci ont récemment renégocié leur entente avec les établissements de santé afin de faire une marge de profit de 15% plutôt que 10% comme auparavant. Nous payons donc plus pour les chirurgies au privé que pour les chirurgies au public; en plus de contribuer davantage à l’exode du personnel soignant vers le privé. C’est un cercle vicieux où nous créons nous-mêmes notre dépendance envers le privé. De plus, n’oublions pas que ces centres ne soignent que les patients les moins malades, laissant les situations complexes au public. Et si une complication post-opératoire survient, le patient est renvoyé dans le réseau public pour être pris en charge. En considérant tout ceci, le surcoût des chirurgies au privé est d’autant plus important. 

 

Le privé draine les ressources du réseau public

Le nombre de travailleurs de la santé au Québec ne se duplique pas. L’équation est simple : le réseau privé en santé recrute et draine les travailleurs du réseau public, le privant de ce qui lui permet de bien fonctionner. Ce sont des vases communicants. Or, l’un des problèmes majeurs du système de santé public actuel est le manque de main d’oeuvre au sein de son réseau. Avec des initiatives de privatisation telle que celle mise de l’avant par la CAQ, on prive le système public de sa capacité de soigner les patients, et le résultat est simplement un transfert du public vers le privé, sans diminution des listes d’attente.

Un exemple illustrant parfaitement ce concept est les agences privées de placement, abondamment utilisées pendant la pandémie. Les travailleurs des agences n’apparaissaient pas comme par magie. Il s’agit en fait de travailleurs du réseau public qui ont quitté le réseau pour ensuite être ré-engagés (souvent dans le même hôpital!) via l’agence. Pour le même travailleur, le gouvernement paye alors beaucoup plus cher, car les agences se gardent une généreuse marge de profit. C’est une aberration. Pourquoi ne pas simplement améliorer les conditions de travail des employés du réseau, en commençant par abolir le temps supplémentaire obligatoire, et ainsi favoriser la rétention du personnel?  

 

Pour en finir avec le privé comme solution miracle

Le privé est souvent présenté comme la solution miracle permettant de donner de meilleurs soins et de diminuer les listes d’attente. Ces prémisses sont illusoires, et comme mentionné plus tôt, ne sont supportées par aucune donnée probante. Par contre, des données démontrent qu’un réseau privé parallèle ne permet pas d’alléger le fardeau du public2, risquant au contraire d’y allonger les délais d’attente. Ensuite, dans le domaine des soins de longue durée par exemple, des études ont démontré que les établissements privés étaient associés à une qualité moindre des soins3, et même à un surplus de mortalité4. Le mythe de la meilleure gestion privée s’est effondré pendant la pandémie. Au plus fort de la crise liée à la COVID-19, l’État a dû venir à la rescousse des résidences privées pour aînés qui se prétendaient incapables de payer décemment leurs employés et de faire face aux frais supplémentaires engendrés par la situation. Au Québec comme en Ontario, l’État a même dû prendre carrément le contrôle de plusieurs résidences privées, après des rapports accablants faisant état de lacunes majeures dans la qualité des soins.

Ce tournant vers encore plus de privatisation provenant du parti au pouvoir est très inquiétant. Il faut se questionner : à qui profite cette ouverture? Les entreprises privées elles-mêmes, certainement. Les Québécoises et les Québécois, probablement pas.

 

La solution aux problèmes d’accès de notre système de santé est multifactorielle

Le problème étant complexe, aucune solution unique ne pourra régler les problèmes d’accès au réseau public. Toutefois, plusieurs solutions sont connues et seraient facilement applicables avec un peu de volonté politique. Nous vous en présentons quelques-unes: 

 

 

1.Plourde, A. Bilan des groupes de médecine (GMF) de famille après 20 ans d’existence – Un modèle à revoir en profondeur. IRIS, 26 mai 2022.

2. Tuohy, Flood & Stabile (2004). How Does Private Finance Affect Public Health Care Systems? Marshaling the Evidence from OECD Nations. Journal of Health Politics, Policy and Law, 29(3), 359-396.

3. Ronald et al. (2016). Observational Evidence of For-Profit Delivery and Inferior Nursing Home Care: When Is There Enough Evidence for Policy Change? PLoS Medicine, 13(4): e1001995.

4. Tanuseputro et al. (2015). Hospitalization and Mortality Rates in Long-Term Care Facilities: Does For-Profit Status Matter? Journal of the American Medical Directors Association, 16(10), 874-883.

 

Le conseil d’administration de Médecins québécois pour le régime public