Médecins québécois pour le régime public (MQRP) prend acte de la poursuite judiciaire intentée par la Fédération des médecins en pratique privée du Québec (FMPPQ) et souhaite rectifier certains propos ayant circulé dans l’espace public.
La FMPPQ soutient que le projet de loi 83 mènerait à une « mort lente du secteur privé ». De façon paradoxale, MQRP reconnaît qu’un tel scénario est non seulement envisageable, mais souhaitable — et avec des conséquences potentiellement positives pour le système de santé québécois.
Chaque transition d’un médecin du régime public vers le secteur privé entraîne systématiquement un affaiblissement supplémentaire du réseau public. Cette réalité est documentée, prévisible et inacceptable dans un contexte de ressources médicales limitées. « Chaque médecin qui quitte le réseau public pour le privé aggrave mécaniquement la pénurie d’accès aux soins. On ne peut pas prétendre résoudre les défaillances du système public en continuant à y puiser sa main-d’œuvre. Cette logique est intenable et nuit directement à la population québécoise.», selon le Président Dr Xavier Gauvreau
MQRP souligne également l’existence de messages contradictoires émanant du gouvernement, qui encourage le recours au privé pour réduire les listes d’attente, notamment en chirurgie, tout en cherchant simultanément à en limiter l’expansion. Cette contradiction s’inscrit dans une mauvaise compréhension des causes fondamentales de l’affaiblissement progressif du réseau public, qui est en partie attribuable à la désaffiliation de médecins attirés par de meilleures conditions de pratique, une complexité clinique moindre et une reddition de comptes significativement réduite par rapport au régime public.
Comme déjà souligné, MQRP estime que la loi 83, Loi favorisant l’exercice de la médecine au sein du réseau public de la santé et des services sociaux, ne constitue pas une réponse adéquate à la crise actuelle. Le constat d’un problème d’accès aux soins est juste, mais les solutions proposées demeurent insuffisantes. La loi légitimise dans une certaine mesure la pratique privée après cinq années dans le réseau public, et ne s’attaque pas aux causes structurelles à l’origine du système de santé à deux vitesses.
Dans le contexte d’une crise d’accès persistante, MQRP considère que le gouvernement devrait aller plus loin et invoquer l’article 30.1 afin de suspendre toute nouvelle désaffiliation. Selon Dr Gauvreau, « le débat ne porte pas sur la protection d’un secteur de pratique, mais sur notre responsabilité collective d’assurer un système de santé universel, viable et accessible. Dans le contexte actuel, la priorité doit être la stabilisation du régime public, et le gouvernement dispose des leviers nécessaires pour agir plus fermement. »
Le véritable enjeu n’est pas la protection d’un mode de pratique, mais bien la responsabilité collective d’assurer un système de santé universel, équitable, viable et capable de répondre aux besoins de l’ensemble de la population québécoise.